Sénior

« Mon dieu, se disait-il, cet homme que j’ai pu être?! Cette vie qui m’entourait?! Cette force qui était la mienne. Pas question d’aliénation, à l’époque. Jadis, j’ai été un être humain dans sa plénitude. »

Philippe Roth, Un homme, Gallimard, 2007

Le rapport au temps est bien subjectif. Sa représentation varie toute au long de l’existence de chaque sujet. L’avancée en âge et le sentiment de proximité avec sa propre fin confrontent le sujet à une temporalité nouvelle. Ce qui ne laisse pas l’être humain au repos.

Le temps a fait l’objet d’étude de nombreuses disciplines scientifiques. Il est donc un outil majeur des sciences dures et aussi un concept central de la pensée philosophique, de la psychologie et de la psychanalyse. La notion de temps est le plus souvent considérée comme un temps psychique calquée sur la temporalité biologique du vieillissement, ou encore une temporalité psychique en étapes successives sous la forme par exemple des étapes du mourir.

La psychanalyse considère l’existence d’un autre temps, appelé temps logique, susceptible d’être modulé, précipité, par la perspective d’une fin proche. Cette contribution se donne pour objectif l’étude du lien entre la tension temporelle et le recours aux souvenirs d’enfance chez le sujet âgé. Dans cette perspective, la mémoire n’est pas envisagée relativement à ses performances – bon nombres de travaux font valoir un déclin de la mémoire avec le vieillissement qui se traduirait pas l’observation de failles, de trous dans la reconstitution de leur histoire de vie – mais comme mémoire subjective qui implique que l’examen des souvenirs d’enfance à l’aube de la fin de vie par le travail de la parole ou de l’écriture modifie le sens et l’agencement des événements passés.

 

Les seniors qui nous entourent portent beau. Cette nouvelle génération de sexagénaires ne ressemble plus guère aux grands-parents d’il y a trente ans, souvent usés par le travail et les problèmes de santé. Certains ne se sentent pas vieux et peuvent même espérer vivre encore plus d’une vingtaine d’années. A la retraite, ils restent très actifs, engagés dans la vie politique ou associative. Ils prennent soin de leur apparence, ils voyagent, ils lisent, ils écrivent, ils font du sport, et sont connectés en permanence au monde par les nouvelles technologies.

En ce sens, le senior peut être un extraordinaire passeur dans son lien avec les autres générations, quand les changements physiques, la fatigue et le doute n’ont pas altéré son désir de rester vivant et curieux du monde.

Le passage à la retraite représente un tournant difficile qui dépend pour une part des capacités d’initiative de chacun et aussi de sa situation familiale et économique. Libéré des contraintes professionnelles et des enjeux de carrière, le nouveau retraité peut se retrouver brutalement seul, sans trop de revenus et parfois sans but. La dépression liée au vieillissement ne tient pas tant à la solitude ou au fait d’être diminué qu’à la perte du désir et à l’aigrissement du caractère. Le ressentiment et l’amertume peuvent mettre à mal les liens qui nous unissent aux êtres les plus chers jusqu’à parfois les rompre. Ce qui permet de tenir, c’est le désir renouvelé et la capacité à se réjouir qui n’a pas d’âge.

Un travail en psychothérapie peut aider à la préparation de cette nouvelle étape afin que la traversée de ce passage se fasse au mieux et de façon aussi pacifiante que possible pour soi et pour ses proches. Il est de mon rôle en tant que psychopraticienne relationnel en Analyse TriDimensionnelle de venir écouter ce qui fait encore source de désir pour vous et de veiller à préserver ce qui vous anime et impulse une dynamique de Vie.